Nous étions six, dont cinq que je n'avais jamais rencontrés. Dix jours plus tard, nous avions traversé le Costa Rica d'un océan à l'autre. Voici comment ça s'est passé, sans enjoliver.
Jour 1 — San José, et le moment gênant
L'aéroport, six inconnus, un van de location trop petit pour nos bagages. Les vingt premières minutes sont exactement aussi étranges qu'on l'imagine : on parle du vol, de la météo, de rien.
Puis Marina propose qu'on s'arrête acheter de quoi petit-déjeuner pour la semaine, et il se passe cette chose curieuse — faire des courses ensemble, c'est déjà être un groupe.
Le soir, on ouvre une carte sur la table. Deux veulent la côte pacifique, deux veulent la forêt, un veut surfer. On fera les trois.
Jours 2 à 4 — La Fortuna, sous le volcan
Le volcan Arenal se cache derrière les nuages trois jours sur quatre. Nous, on l'a vu le deuxième matin, à 6 h, en sortant pour prendre le café. Personne n'avait prévu de se lever, tout le monde était debout.
Ce qui a marché
- Les sources chaudes en fin de journée. Après une randonnée, c'est le moment où le groupe se raconte vraiment.
- La cuisine à tour de rôle. Deux personnes par soir, les autres débarrassent. Zéro discussion pendant dix jours.
Ce qui a moins marché
La randonnée du troisième jour, sept heures sous une pluie battante, décidée par enthousiasme collectif la veille au soir. Trois d'entre nous voulaient rentrer au bout de deux heures et n'ont rien dit.
La leçon du voyage : dire « je décroche » n'est pas trahir le groupe. On aurait tous mieux vécu cette journée si quelqu'un avait osé le premier.
Jours 5 à 7 — Monteverde, dans les nuages
La forêt de nuages, c'est marcher dans quelque chose qui ressemble à un rêve mal réveillé. On a vu deux quetzals, un paresseux, et une quantité déraisonnable de colibris.
C'est là qu'on a instauré la demi-journée libre. Trois sont partis sur les ponts suspendus, deux ont dormi, un a passé l'après-midi dans un café à écrire. On s'est retrouvés le soir avec des choses à se raconter — ce qui, après cinq jours ensemble, n'était pas gagné.
Jours 8 à 10 — Santa Teresa, le Pacifique
Fin de voyage sur la côte. Cours de surf pour quatre, hamac pour deux. Les couchers de soleil y sont indécents.
Le dernier soir, on a fait les comptes en vingt minutes, parce qu'on avait tout noté au fur et à mesure. Écart final entre le budget annoncé et le réel : moins de 40 € par personne.
Ce que je referais, ce que je changerais
Je referais :
- Le van partagé plutôt que les vols intérieurs — c'est dans la voiture que le groupe se soude.
- La cuisine tournante.
- Une base par région, trois nuits minimum. Défaire ses valises tous les jours use tout le monde.
Je changerais :
- Je dirais plus tôt quand je fatigue.
- Je prévoirais une journée entière sans rien au milieu, pas une demi-journée.
- Je réserverais le cours de surf avant de partir : à six, à la dernière minute, ça ne passe pas.
Six inconnus au départ, six personnes que je revois encore. C'est ça qu'on ne dit pas assez sur les voyages de groupe.
