La Sicile revient souvent dans les projets de groupe, et pour de bonnes raisons : l'île est assez grande pour remplir une semaine sans tourner en rond, assez dense pour que personne ne s'ennuie, et suffisamment desservie pour que huit personnes parties de villes différentes s'y retrouvent sans acrobaties. Reste à l'organiser correctement, parce qu'un voyage en groupe en Sicile mal calibré se résume vite à des heures de route et à des discussions de parking.
Une île qui se traverse en voiture, pas autrement
Comptez environ 250 km entre Palerme et Syracuse, soit trois heures d'autoroute. Palerme–Catane, c'est un peu moins. Ces ordres de grandeur restent tenables tant que vous ne les enchaînez pas tous les jours.
Deux aéroports, deux portes d'entrée
Palerme à l'ouest, Catane à l'est. Arriver par l'un et repartir par l'autre évite de refaire 250 km le dernier matin. En groupe, cela suppose que tout le monde réserve le même schéma : c'est une décision à prendre tôt, avant que chacun ne prenne son vol dans son coin.
La voiture, non négociable
Le train relie Palerme, Messine, Catane et Syracuse, mais lentement et avec peu de fréquences. Tout le reste — Ségeste, Ragusa, la réserve de Vendicari, les versants de l'Etna — se rejoint en voiture. Deux berlines pour six ou huit personnes coûtent souvent moins cher qu'un van sept places, et surtout elles permettent au groupe de se scinder pour la journée. Trois points à régler avant le départ :
- Plusieurs conducteurs déclarés par voiture, pour ne pas assommer toujours la même personne.
- Les centres historiques interdits à la circulation (les ZTL) à Palerme, Syracuse ou Noto : repérez le parking avant d'arriver, pas en tournant dans les ruelles.
- Une conduite nerveuse à Palerme et à Catane. Rien de dangereux, mais mieux vaut confier le volant à ceux que cela ne crispe pas.
Où poser ses valises quand on est six ou huit
C'est le poste où un groupe gagne le plus. Les masserie, ces anciennes fermes reconverties, se louent entières : cour, piscine, et une cuisine dimensionnée pour nourrir dix personnes. On en trouve surtout dans le Val di Noto, autour de Noto, Modica et Scicli, ainsi que dans la campagne de Trapani et de Ragusa. Le prix à la nuit paraît élevé jusqu'au moment où vous le divisez : à huit, il descend souvent sous le tarif de quatre chambres d'hôtel, avec un salon et une grande table en plus. Le détail des postes de dépense est repris dans notre budget d'un voyage en groupe ligne par ligne.
Une ou deux bases, pas cinq
La tentation, en Sicile, est de faire le tour complet de l'île. Sur sept nuits, cela revient à refaire les valises tous les deux jours, et à passer les meilleures heures de la journée sur l'A19. Deux bases suffisent : trois ou quatre nuits à l'ouest, puis le reste dans le sud-est. Le déménagement unique se fait en une demi-journée, avec un arrêt à Agrigente sur la route. Pour trancher entre plusieurs projets d'itinéraire sans y passer trois semaines, voyez notre méthode pour organiser un itinéraire à plusieurs.
Trois séquences qui remplissent une semaine
- Palerme et l'ouest. Les marchés de Ballarò et du Capo le matin, la chapelle Palatine, les mosaïques de Monreale à vingt minutes de la ville. Puis Cefalù, le temple de Ségeste posé seul dans les collines, et les salines de Trapani en fin de journée.
- L'Etna. Le volcan culmine à plus de 3 300 m et reste actif. Côté sud, on monte en voiture au Rifugio Sapienza (1 900 m), d'où partent téléphérique et 4x4 vers les zones hautes ; côté nord, Piano Provenzana est plus calme. Il y fait 10 à 15 °C de moins qu'en bas, polaire indispensable même en août. Ceux qui ne veulent pas monter restent aux cratères Silvestri ou vont goûter les vins des versants, du côté de Linguaglossa et de Randazzo.
- Syracuse et le Val di Noto. L'île d'Ortygie, le théâtre grec de Neapolis, puis Noto et Modica en fin d'après-midi, quand la pierre baroque vire au doré. Les plages de la réserve de Vendicari et San Lorenzo sont à trente minutes de route.
Les marchés changent la dynamique du groupe
Huit personnes au restaurant tous les soirs, c'est cher et c'est long : il faut trouver une table, attendre, additionner. Alterner change le voyage. Un passage au marché d'Ortygie ou du Capo, et vous repartez avec des aubergines, des tomates, de la ricotta, des câpres, des pistaches de Bronte et de l'espadon pour une fraction du prix d'un dîner. Une caponata et des pâtes alla Norma se préparent à plusieurs sans compétence particulière, et la cuisine devient le moment où le groupe se parle vraiment.
Une caisse commune et deux cuisiniers par soir
- Chacun met 30 à 40 € dans une enveloppe commune à l'arrivée : courses, essence, péages et parkings sortent de là.
- Une personne garde les tickets et note les dépenses ; un tableau partagé suffit pour le solde final.
- Deux volontaires différents cuisinent chaque soir, les autres débarrassent. Personne ne fait la vaisselle deux fois.
Quand partir, et à quel rythme
Mai, juin, septembre et le début d'octobre offrent le meilleur compromis : mer praticable, chaleur supportable, sites respirables. En juillet et en août, l'intérieur dépasse régulièrement 38 °C, Agrigente et Syracuse deviennent éprouvantes en milieu de journée, les locations doublent et le 15 août vide les villes vers les plages. À l'inverse, de novembre à mars, la campagne est verte et l'Etna enneigé, mais une partie des adresses balnéaires ferme.
En été, le programme d'un groupe se cale sur la chaleur : les visites tôt le matin, la plage ou la sieste entre 14 et 17 heures, la ville à partir de 19 heures.
Ce découpage arrange tout le monde. Les lève-tôt partent marcher à 7 heures, les autres récupèrent, et le groupe se retrouve pour l'apéritif sans que personne n'ait eu à se justifier.
La Sicile récompense les groupes qui acceptent de ralentir : deux bases, une voiture pour quatre, un marché tous les deux jours, et le reste suit tout seul. Si l'envie est là mais que les compagnons de route manquent, les voyages ouverts en ce moment donnent une bonne idée des dates et des groupes en train de se former.



