Le Pérou ne s'improvise pas à plusieurs. Deux contraintes structurent tout le reste : l'altitude, qui ne se négocie pas, et les quotas du Machu Picchu, qui se réservent des semaines à l'avance. Ces deux points réglés, Cusco, la vallée sacrée, les treks et le Titicaca s'organisent très bien à six — à condition d'accepter que le groupe ne fasse pas la même chose tous les jours.
L'altitude commande le programme
Les chiffres donnent la mesure du problème : Lima au niveau de la mer, Cusco à 3 400 mètres, Puno à 3 810, Vinicunca à 5 036. Le Machu Picchu, lui, n'est qu'à 2 430 mètres — beaucoup plus bas que la ville d'où l'on part.
La conséquence pratique est contre-intuitive : si votre vol vous dépose à Cusco en fin de matinée, descendez dormir dans la vallée sacrée. Urubamba est à 2 870 mètres, Ollantaytambo à 2 792 : cinq à six cents mètres de moins, et deux premières nuits nettement meilleures.
Les trois premiers jours
- Jour 1 : rien. Pas d'effort, pas d'alcool, repas légers, beaucoup d'eau. Une visite assise, un marché, une sieste.
- Jour 2 : une sortie courte, en dessous de 3 000 mètres si possible.
- Jour 3 : les sites de la vallée, Pisac ou Ollantaytambo, avec des escaliers mais pas de dénivelé long.
- Les treks et Vinicunca : jamais avant le cinquième jour.
Le maté de coca aide au confort, pas à l'acclimatation. Un traitement préventif, lui, se discute avec un médecin avant le départ.
Ce que ça change pour un groupe
Le mal d'altitude ne choisit pas selon la forme physique : un marathonien peut passer deux jours au lit pendant que la personne la moins sportive du groupe se promène. Personne ne peut donc annoncer à l'avance qui tiendra le rythme.
Au Pérou, un groupe n'avance pas au rythme du plus rapide, mais à celui du moins bien acclimaté.
Deux décisions à prendre avant même de réserver : accepter qu'une ou deux personnes sautent une journée sans se justifier, et loger à plat plutôt que dans un quartier en pente comme San Blas, ravissant et éprouvant. Cet accord-là se pose avant le départ, dans l'esprit de notre guide du premier voyage en groupe et de notre méthode d'itinéraire à plusieurs.
Où poser ses bagages : vallée sacrée puis Cusco
Deux bases suffisent pour dix à douze jours. La vallée sacrée d'abord, trois ou quatre nuits à Urubamba ou Ollantaytambo : altitude plus douce, villages calmes, et le train du Machu Picchu qui part de la vallée même. Pisac, Moray, les salines de Maras et la forteresse d'Ollantaytambo occupent deux journées.
Cusco ensuite, trois nuits, une fois le corps habitué : Sacsayhuamán au-dessus de la ville, le Qorikancha, les églises coloniales.
Deux points de logistique qui pèsent quand on est nombreux :
- Le billet touristique général couvre une dizaine de sites pour environ 130 soles et dix jours de validité. Les salines de Maras se paient à part.
- Une camionnette avec chauffeur à la journée dans la vallée se facture au véhicule, pas au passager. À six, c'est moins cher et plus souple que les excursions collectives, et cela permet de déposer deux personnes qui veulent rentrer plus tôt.
Machu Picchu : le créneau qu'on ne rattrape pas
C'est la réservation la plus rigide du voyage. Les billets sont nominatifs — nom et numéro de passeport —, associés à un circuit numéroté et à un créneau horaire, avec un guide obligatoire à l'entrée. Le nombre d'entrées quotidiennes est plafonné, et de juin à août les créneaux corrects disparaissent un à deux mois à l'avance. Les montées annexes, Huayna Picchu en tête, partent encore plus tôt.
Pour un groupe, l'ordre de réservation est simple :
- Les billets d'entrée, tous en une seule opération, même circuit et même créneau — sinon le groupe se retrouve éparpillé sur la journée.
- Le train Ollantaytambo – Aguas Calientes, une heure trente à deux heures, également nominatif.
- La nuit à Aguas Calientes si vous visitez tôt le matin.
- Les bus de montée, ou l'heure de marche et demie pour ceux qui préfèrent grimper.
Prévoyez qu'une personne du groupe centralise passeports et confirmations : à six, c'est une demi-heure de travail qui évite une matinée de panique.
Treks : ce qui se divise vraiment
Chemin de l'Inca ou alternatives
Le Chemin de l'Inca classique, quatre jours, impose une agence et un permis nominatif. Les places sont contingentées chaque jour, s'achètent souvent cinq à six mois à l'avance, et le sentier ferme en février. Le Salkantay, cinq jours et un col à 4 630 mètres, ne demande pas de permis : il se réserve beaucoup plus tard, ce qui en fait l'option raisonnable pour un groupe tardif. Le Lares est plus court, le Choquequirao nettement plus dur.
La configuration qui fonctionne le mieux à plusieurs : trois ou quatre partent marcher, les autres restent dans la vallée à leur rythme, et tout le monde se retrouve à Aguas Calientes la veille de la visite. Séparer le groupe quatre jours ne l'abîme pas ; l'obliger à marcher ensemble, si.
Vinicunca en une journée
La montagne aux sept couleurs se gagne à 5 036 mètres, après un départ vers 4 h du matin et une heure et demie de marche en pente douce mais très haute ; des chevaux sont proposés sur le dernier tronçon. À placer en fin de séjour, jamais avant. Ceux que l'altitude inquiète peuvent viser Palcoyo, un peu plus bas, presque plat et bien moins fréquenté.
Le Titicaca à la fin, pas au début
Puno culmine plus haut que Cusco : ce n'est pas une étape d'arrivée. Le bus touristique de jour met sept à dix heures entre les deux villes, avec des arrêts à Andahuaylillas, Raqchi et au col de La Raya, à 4 335 mètres — bien plus intéressant qu'un bus de nuit.
Sur le lac, les îles flottantes des Uros se visitent en une demi-journée. La nuit chez l'habitant à Amantani vaut surtout pour ce qu'elle a de rudimentaire : pas de chauffage, des nuits froides, un dîner qui reste en mémoire. L'accueil se fait par foyers de deux ou trois personnes : répartissez le groupe avant le débarquement, pas sur le ponton.
Le Pérou demande plus de préparation que la plupart des destinations, et c'est précisément ce qu'un groupe fait bien : se répartir les réservations, les billetteries à surveiller et les journées de repos. Si l'itinéraire vous tente, regardez les départs ouverts et posez vos questions aux personnes déjà inscrites avant de vous décider.



